Université Saint-Louis 2022

Une formation continue ouverte à tous les âges sous le patronage de Louis XX

Du dimanche 31 juillet (17h) au vendredi 5 août (16h)
Rendez-vous à Guingamp au Château de Kernabat (Plouisy)

Renseignements & Inscriptions : saintlouis.univ@gmail.com
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Pour acquérir une vraie formation politique et devenir des combattants efficaces il s’agit de bien identifier :
— Ce pour quoi on se bat (connaissance de soi) : la monarchie traditionnelle de droit divin,
— Ce contre quoi on se bat (connaissance de l’adversaire) : les idéologies (libéralisme, nationalisme, socialisme) toutes filles de la Révolution et de sa religion la gnose.

Dans l’esprit de camaraderie qui a fait son renom, retrouvez Faoudel, Gédéon, Savéan, Sénéchal, Agrippa, Cerverette et bien d’autres au cours de conférences, d’exposés, d’ateliers.

 

Thème de l’Université : Les religions politiques

Les conférences de l’Université :

— Qu’entend-on par « religion politique » ?
— Rousseau, père de la religion civile (Contrat Social, IV, 8)
— Religions antiques et religions politiques
— La révolution française : une révolution religieuse ?
— Gustave Le Bon et la manipulation des masses à l’âge démocratique
— Foi et symboles dans les religions politiques
— L’ère libérale : la fin des religions politiques ?

Un thème d’actualité

Les sociétés occidentales laïcisées entretiennent de nos jours l’illusion d’un affranchissement complet à l’égard de toute forme de religion ; si certains continuent de cultiver des croyances diverses, ils tendent à se raréfier et ne font plus état publiquement de croyances définitivement renvoyées à la marge et dans le cadre privé. Ainsi, un sondage Ifop du 24 septembre 2021 consacrait officiellement la croyance en Dieu comme une opinion minoritaire en France et en diminution constante dans les sondages 1. L’entreprise progressive de séparation de l’Église et de l’État, initiée au XVIIIe siècle, semble avoir atteint un point culminant dans l’indépendance supposée de la politique à l’égard de toute norme éthique extérieure, au point que les religions subsistantes elles-mêmes adaptent largement leur discours moral aux nécessités politiques de circonstance. Cette soumission définitive des religions à la neutralité axiologique semble ainsi consacrer la supériorité de la modernité aux prétentions indûment rationnelles sur le « fait religieux » réduit au sentiment personnel. L’Europe serait enfin en passe de connaître le véritable âge d’or : la fin des religions.

Cette tendance générale semble pourtant aller à l’encontre de l’opinion du philosophe Henri Bergson, qui déclarait en 1932 :

On trouve dans le passé, on trouverait même aujourd’hui des sociétés humaines qui n’ont ni science, ni art, ni philosophie. Mais il n’y a jamais eu de société sans religion 2.

La prétention de rationalité pure de la société moderne, accompagnée par son corollaire, la séparation radicale entre le politique et le religieux, semble rendre caduque cette observation. Pourtant, cette société apparaît traversée couramment par de nombreux phénomènes et formules teintés d’une religiosité latente : les rassemblements politiques présentés comme des moments de « communion républicaine », les mandats comme un véritable « sacerdoce » ou encore l’abstention comme la « manifestation spectaculaire d’une crise de foi républicaine 3 ».

Loin d’être fortuites, ces résurgences d’un vocabulaire religieux a priori obsolète sont la marque d’une réincarnation de la religion, sous d’autres formes, au sein du corps politique lui-même : ainsi, l’historien Emilio Gentile remarque que …

… dans la société moderne, la sécularisation n’a pas donné lieu à une séparation définitive entre les sphères de la religion et du politique. Avec le développement des politiques de masse, les limites entre ces deux sphères ont souvent eu tendance à se confondre, et en ces occasions la politique a revêtu sa propre dimension religieuse. Parallèlement à ce mouvement de sécularisation au sein de l’État et la société, a eu également lieu une « sacralisation de la politique », qui a atteint son paroxysme dans les mouvements totalitaires du vingtième siècle. Le nazisme, le fascisme et le nationalisme romantique ont tous contribué de manière décisive à la « sacralisation de la politique » ; mais la démocratie, le socialisme et le communisme ont aussi collaboré à la naissance de nouveaux cultes séculiers 4.

L’historien italien attribue ainsi à l’ensemble des doctrines politiques issues de la modernité la volonté de créer, pour reprendre ses propres mots, …

… une forme de religion qui, par la déification d’une entité séculière, sacralise une idéologie, un mouvement ou un régime politique. Cette entité séculière, transfigurée en mythe, se voit conférer le statut de source première et indiscutable du sens et de la fin de l’existence humaine 5.

C’est donc à l’étude de ces « doctrines qui prennent dans les âmes de nos contemporains la place de la foi évanouie et situent ici-bas, dans le lointain de l’avenir, sous la forme d’un ordre social à créer, le salut de l’humanité 6 », et auxquelles l’historien J.-P. Sironneau propose de donner le nom de « religions politiques 7 », que l’Université Saint-Louis consacrera ses efforts cet été.

À travers l’étude de ces phénomènes de la modernité, depuis leur première théorisation au livre IV du Contrat social de Rousseau et leur première application lors de la Révolution française, jusqu’à ses manifestations contemporaines à l’époque libérale ou dans le vieux rêve d’édification d’une « religion laïque » pour la République 8, en passant par les grandes manifestations religieuses que sont les grandes idéologies, l’université Saint-Louis s’attachera ainsi à démontrer le contenu philosophique positif des régimes modernes, leur ambition religieuse et leur volonté, pour reprendre les termes d’Emilio Gentile, de « remodeler l’individu et les masses en provoquant une révolution anthropologique qui doit aboutir à la régénération de l’être humain et à la création d’un homme nouveau 9 », et à proposer ainsi contre ce monde nouveau vieux comme le diable les armes intellectuelles, rhétoriques et pratiques nécessaires à la défense de nos sociétés.

Si éloignée des préoccupations pratiques que puisse sembler cette formation, elle est, ne nous y trompons pas, plus que jamais nécessaire ; en effet, la connaissance de ces religions politiques n’est pas l’apanage du seul légitimiste ou de l’intellectuel curieux. Elle est un devoir et une nécessité pour tous ceux qui, dans ce qui constitue aujourd’hui une véritable guerre de religion où la neutralité est moins que jamais possible, souhaitent défendre une société ordonnée au réel et aux seuls principes selon lesquels la vie est moralement, donc humainement, possible.

 

 

Références

Références
1 https://www.ifop.com/publication/le-rapport-des-francais-a-la-religion/
2 Henri Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion, Félix Alcan, 1937, p. 105.
3 https://www.lefigaro.fr/vox/societe/l-abstention-massive-manifestation-spectaculaire-d-une-crise-de-foirepublicaine-20210706.
4 Gentile E., « Fascism as Political Religion », Journal of Contemporary History, Mai-Juin, 1990, Vol. 25, No. 2/3, pp. 229-251 (traduction française https://viveleroy.net/aux-sources-de-la-religion-fasciste-par-emilio-gentile/).
5 Gentile E., « Fascisme, totalitarisme et religion politique : Définitions et réflexions critiques sur les critiques d’une interprétation », Raisons politiques, 2006/2 no 22, p. 121.
6 Aron R., L’âge des empires et l’avenir de la France, Ed. Défense de la France, 1946, p. 288.
7 Sironneau J.-P., « Eschatologie et décadence dans les “religions politiques”, p. 1.
8 Peillon V., Une religion pour la République. La foi laïque de Ferdinand Buisson, Paris, Seuil, 2010.
9 Gentile E., « Fascisme, totalitarisme et religion politique : Définitions et réflexions critiques sur les critiques d’une interprétation », Raisons politiques, 2006/2 no 22, p. 121.