Mgr le Duc d’Anjou : Interview

A l’occasion de sa venue en France pour la commémoration célébrant le 230ème anniversaire de la mort de Louis XVI, en la Chapelle Expiatoire de Paris, le Prince Louis de Bourbon, successeur légitime des Rois de France, revient pour nous sur sa vie, sa famille, et son héritage. Deux mois… C’est le temps qu’il m’a fallu afin d’obtenir un entretien avec Louis-Alphonse de Bourbon, duc d’Anjou, Chef de la Maison Bourbon, et descendant des plus grands rois de France tel que Saint-Louis, Henri IV, Louis XIV, Louis XV, ou bien encore Louis XVI. Dauphin de France, il m’explique au travers de ces questions, comment à 14 ans, il se retrouve avec une telle charge sur les épaules : celle d’assumer la place d’héritier du trône si la monarchie devait être réinstaurée en France. Installé à Madrid avec sa femme, la princesse Marie-Marguerite de Bourbon, et leurs quatre enfants, il se rend très régulièrement en France afin de commémorer des évènements liés au passé historique de sa famille. Le château de Versailles, son héritage du trône de France, mais également sa famille, c‘est sur ces sujets que je reviens dans cet entretien privé avec le Prince Louis de Bourbon. Thomas Macri

 

Thomas Macri : Je vous remercie Monseigneur, de m’accorder cet entretien. A travers ces questions, nous avons envie d’en connaître plus sur le successeur légitime au trône de France. Vous vivez en Espagne avec votre femme la princesse Marie-Marguerite de Bourbon, ainsi qu’avec vos quatre enfants. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous ?

Prince Louis de Bourbon : Je suis, en tant qu’aîné de la Maison de Bourbon, le successeur légitime des rois de France. Mes droits trouvent leur source dans les lois fondamentales du royaume, c’est-à-dire la constitution qui gérait les institutions sous l’Ancien Régime, et notamment la dévolution de la Couronne qui revenait à l’aîné. Voilà ce qui me fait l’héritier des rois de France. La naissance certes, mais pas une prétention. Sur ma famille, je dirai quelques mots. Avec ma femme et nos quatre enfants, trois garçons et une fille, nous vivons depuis plusieurs années en Espagne à proximité de Madrid après avoir séjourné aux États-Unis et en Amérique latine. C’est là que j’exerce actuellement mes activités professionnelles et où mes enfants y sont scolarisés. De Madrid, je me rends très régulièrement en France où je suis invité à commémorer de nombreux évènements à caractère historique liés aux huit siècles de royauté. J’y préside aussi des cérémonies comme successeur des rois de France. Parfois, mon épouse, la Princesse Marie-Marguerite, m’accompagne dans ces déplacements mais la plupart du temps, elle reste avec les enfants. Ils sont à un âge où la présence des parents est très importante.

Thomas Macri : En cas de restauration de la monarchie, seriez-vous prêt et disponible pour endosser votre rôle de roi de France ?

Prince Louis de Bourbon : Les Bourbons n’ont jamais renié la France. Depuis qu’ils ont été écartés du trône, tous les Chefs de Maison, depuis le comte de Chambord, ont toujours affirmé qu’ils demeuraient disponibles et prêts à assumer leur rôle. Je m’inscris naturellement dans cette tradition. En fait, votre question devrait être tournée vers les français, et il faudrait leur demander s’ils attendent et espèrent le retour de la royauté. Souhaitent-ils renouer avec leur tradition politique ancestrale qui a fait, durant les siècles, la grandeur de la France ? Versailles, tant la ville que le château, demeure l’image
de cette grandeur.

Thomas Macri : Vous êtes né le 25 avril 1974, exactement 760 ans après la naissance de Saint-Louis. Vous étiez prédestiné à faire partie de l’histoire. Dans quel esprit est-on élevé et éduqué, lorsque l’on a vocation à devenir héritier d’une ancienne maison souveraine ?

Prince Louis de Bourbon : Mon père avait toujours souhaité que j’ai une éducation me permettant d’assurer toutes mes responsabilités : celles héritées de l’histoire et de ma position d’aîné, comme celles de père de famille et d’homme engagé dans la vie active et professionnelle. Mes études y ont contribué.
Mon père souhaitait que j’ai également une formation physique m’ouvrant à la compétition et à l’esprit d’équipe. Cet équilibre me paraît une bonne chose pour pouvoir assumer ensuite des responsabilités. J’ai pris le même modèle pour éduquer mes enfants.

Thomas Macri : A l’âge de 14 ans, suite à la disparition tragique de votre père Alphonse de Bourbon, vous devenez l’héritier légitime de la couronne de France. Comment cela se passe dans votre tête à ce moment-là ?

Prince Louis de Bourbon : Il est vrai qu’à 14 ans, abattu par la mort brutale et accidentelle de mon père, je n’ai pas eu, sur l’instant, la totale conscience de la charge qui m’incombait. Cela ne faisait que depuis deux ans que j’accompagnai mon père dans certaines manifestations, et j’avais encore beaucoup à apprendre et à comprendre. C’est peu à peu grâce à mon entourage familial et avec l’aide de ceux qui avaient assisté mon père, que j’ai appréhendé toute l’ampleur de la mission que je devais dès lors assumer. J’ai compris tous les devoirs qui m’incombaient vis-à-vis de la France.

Thomas Macri : Le 21 janvier dernier, a été commémoré le 230ème anniversaire de la mort du Roi Louis XVI. Vous étiez présent lors de la cérémonie en la Chapelle Expiatoire de Paris, dans le VIIIème arrondissement de Paris. Que ressentez-vous lorsque vous assistez à des tels évènements ?

Prince Louis de Bourbon : Un sentiment de devoir. Devoir à rendre, en l’occurrence, au souverain, dont on honore le sacrifice et la mémoire ; devoir aussi vis-à-vis de la société actuelle. En effet, il n’est pas anodin de commémorer un évènement survenu il y a plus de deux siècles. Cela veut dire que pour ceux qui partagent cette fidélité au souvenir de Louis XVI a toujours du sens. La royauté est pour eux, plus qu’une nostalgie, une véritable espérance. Cela oblige. Il convient de faire vivre cette espérance et c’est la raison d’être de ma présence.

Thomas Macri : Dans le monde entier, le château de Versailles est considéré comme le lieu ultime de l’histoire de France, l’endroit où nous venons en quelque sorte, se replonger dans ce qu’était le faste de la monarchie française. Quelle sensation ressentez-vous lorsque vous vous rendez dans ce château ayant appartenu à votre famille ?

Prince Louis de Bourbon : Cela dépasse la question du faste. Versailles est beaucoup plus que cela. Quand j’y suis, j’éprouve de l’admiration. Songeons que la ville et le château datent de 350 ans… L’ensemble est toujours aussi évocateur de ce fait, la grandeur française est également en phase avec le monde contemporain. Versailles est la quintessence de l’esprit français, une synthèse entre la raison
et le cœur. Ce sont sans doute dans ces lieux que le génie artistique français a été poussé à son paroxysme, tout art confondu, achevant de donner à notre pays cette réputation d’excellence et de référence en matière de goût. C’est une réalité aujourd’hui accréditée par les millions de visiteurs qui font le choix de se rendre chaque année dans cette ville. Comme si le monde entier reconnaissait dans ces lieux une part absolue de la beauté. Donc oui, c’est bien de l’admiration que j’éprouve, tant pour les lieux que pour l’œuvre de mes ancêtres qui ont su amener des artistes à exprimer tout leur génie à travers ce château.

Thomas Macri : Nous arrivons à la fin de cet entretien Monseigneur, qu’avez-vous envie de dire aux Versaillais qui vous liront ici avec grand intérêt ?

Prince Louis de Bourbon : Considérez le privilège que vous avez de vivre dans un cadre aussi prestigieux. Luttez pour le conserver, l’embellir, et le faire connaître non pas pour vous, mais pour ceux qui vous succéderont. Ces lieux doivent encore être source d’inspiration dans ce qu’ils ont de grands et de beaux pour les générations à venir.