Thierry Ardisson : « Je suis royaliste »

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Dans une entrevue accordée le 4 juillet au magazine Valeurs actuelles 1, Thierry Ardisson témoigne courageusement de son royalisme. Même si on n’est pas inconditionnel de l’animateur, il faut en saluer le panache.

« Je trouve le système monarchique infiniment plus stable et plus juste »

Valeurs actuelles : — Un dernier mot sur… la mort ? Vous êtes l’un des seuls, aujourd’hui, à ne pas refuser d’en parler ou de la regarder en face !

Thierry Ardisson :Si j’ai voulu faire quelque chose de ma vie, c’est pour que ma mort soit moins douloureuse. La mort rend la vie plus signifiante, finalement.Je me dis aussi que si un génie comme Napoléon est mort, je peux bien mourir aussi !
 
Valeurs actuelles : — C’est votre personnage préféré de l’histoire de France ?

Thierry Ardisson : Je ne suis pas bonapartiste, mais je respecte son génie ! Je suis royaliste, moi, et j’aime tellement les causes perdues que je répondrais bien « le comte de Chambord » à votre question. Il y a eu un certain panache à refuser de galvauder la monarchie.

Quand on dit monarchie, tout le monde pense extrême droite, ce qui est aberrant. Je n’ai rien à voir avec Charles Maurras. Mais la culture politique n’étouffe pas ce pays. Je trouve le système monarchique infiniment plus stable et plus juste, mais ce sera l’objet d’une autre interview ! Nous en reparlerons.

« [Le comte de Chambord] a eu un certain panache à refuser de galvauder la monarchie »

Effectivement, Henri V comte Chambord n’a pas voulu galvauder la monarchie : il a refusé de devenir « le roi de la Révolution »  en reconnaissant un drapeau révolutionnaire tricolore symbole d’une nouvelle souveraineté, celle de la Nation. En cela il n’a pas suivi l’exemple de Louis XVI qui avait jadis arboré la cocarde et dont on a vu à quel triste sort cette extravagance l’a conduit. Le comte de Chambord a toujours revendiqué la monarchie traditionnelle, il précise même :

Poursuivre en dehors de cette monarchie la réalisation des réformes légitimes que demandent avec raison tant d’esprits éclairés, chercher la stabilité dans les combinaisons de l’arbitraire et du hasard, bannir le droit chrétien de la société, baser sur des expédients l’alliance féconde de l’autorité et de la liberté, c’est courir au-devant de déceptions certaines 2.

Or, dans cette monarchie traditionnelle — tant la monarchie française que les autres — la souveraineté ne vient pas de la Nation mais de Dieu. En corollaire : la légitimité du roi vient de son zèle à édicter des lois conformes à la loi naturelle dont Dieu est l’auteur. C’est ce que les philosophes modernes appellent l’hétéronomie et que les auteurs classiques appellent le droit divin 3.

Un bémol : la monarchie de Thierry Ardisson

Malheureusement la monarchie rêvée par Thierry Ardisson n’est pas si traditionnelle que l’entrevue ci-dessus ne le laisse supposer. En effet il a par le passé nettement pris position pour une monarchie constitutionnelle et s’est opposé à la monarchie de droit divin revendiquée par Louis XX, comme en témoigne l’extrait de l’émission On n’est pas couché du 12 novembre 2016 :

— Yann Moix : Vous savez que lui [Louis XX] ne veut pas une monarchie constitutionnelle. Il veut une monarchie de droit divin comme celle des Bourbon, comme celle de Charles X.

— Thierry Ardisson : Tant pis pour lui ! […] S’il raconte des choses comme ça, il n’a rien compris… (voir vidéo ci après à la minute : 2min20)

 

 

Paradoxalement, Thierry Ardisson partage avec un Charles Maurras 4 la même aversion pour le droit divin, alors que celui-ci est constitutif de la monarchie française dès l’origine. En effet, en se faisant baptiser en 496, Clovis parvient à se faire accepter par des peuples hétérogènes et à réaliser leur unité. La raison en est simple : par cet acte il montre qu’il reconnaît désormais une loi supérieure à la sienne, une loi universelle qui seule peut garantir la justice à tous les hommes par delà les égoïsmes ethniques et culturels, et à laquelle il s’engage de se conformer.

Allons ! un petit effort Monsieur Ardisson, et venez rejoindre — avec Louis XX et ses Chouans — les authentiques défenseurs de la monarchie traditionnelle que vous dites admirer non galvaudée.

Références   [ + ]

1. Valeurs actuelles, 4 juillet 2019, « Thierry Ardisson : “La France c’est Intervilles : 50 % des gens tirent dans un sens, 50 % dans l’autre” », par Charlotte d’Ornellas, Geoffroy Lejeune, Baudouin Wisselmann.
2. Cf. « L’idéal politique du Comte de Chambord »
3. Bonald définit ainsi le droit divin : « nous ne voyons le droit divin que dans la conformité des lois sociales aux lois naturelles dont Dieu est l’auteur. » (Louis de Bonald. Réflexions sur la Révolution de Juillet 1830 et autres inédits, « De la souveraineté », Éd. DUC/Albatros, 1988, pp. 79-83.) 
4. Maurras exhorte en effet les catholiques : « Les bons éléments du parti rétrograde abjurent, tout au moins en politique, la théologie et le droit divin.» (Romantisme et révolution, « Auguste Comte », Éd. Nouvelle librairie nationale, Paris, 1922, p. 115-116. )