Recension : “L’Été des quatre rois” de Camille Pascal

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L’Été des quatre rois de Camille Pascal a reçu le grand prix de l’Académie française 2018, mais est-il réellement à la hauteur de cette distinction ?

Courte biographie de l’auteur

Né en 1966, Camille Pascal est écrivain et haut fonctionnaire français.
Après des études d’histoire, il fait carrière dans l’Éducation nationale et, parallèlement, prend rapidement part à la vie politique française.
En 2001, il est directeur de cabinet de Dominique Baudis, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et, en 2011, devient conseiller à la présidence de la République française et « plume du président ». Il rédige, alors, nombre de discours de Nicolas Sarkozy.

Selon Wikipédia, il est l’auteur du « discours du Puy-en-Velay qui célèbre les origines chrétiennes de la France », de celui du « CRIF qui rappelle les origines juives de la France », de celui « dit du Mas-Soubeyran (en réalité prononcé à Alès) au cours duquel Nicolas Sarkozy reconnaît le rôle du protestantisme dans l’émergence de la liberté de conscience »…
Après plusieurs participations à des ouvrages collectifs et la rédaction de quelques essais, il publie, en 2018, chez Plon, L’Été des quatre rois 1, ouvrage que nous nous proposons d’étudier.

Des « Trois Glorieuses » à l’avènement de la monarchie de Juillet, Camille Pascal nous plonge dans le roman vrai de la révolution de 1830

nous enseigne le quatrième de couverture de L’Été des quatre rois .
Qu’en est-il ?

L’histoire revisitée par Camille Pascal

Étudions quelques acteurs de ce roman qui nous conduit de Paris à l’embarquement de la famille royale à Cherbourg.

Le roi Charles X

C’est un vieillard sénile plus préoccupé de ses parties de chasse et de whist 2 que du gouvernement de la France… Un vieillard dont les nuits sont hantées par le « souvenir de la belle Rosalie Duthé 3», mais qui ne parvient pas à se rappeler le visage de sa pauvre femme « tant il l’avait peu regardée de son vivant 4». Un vieillard englué dans une étiquette surannée. L’on nous permettra, tout de même, de douter que, lors de l’étape à L’Aigle, l’on fit scier la table ronde en acajou du vicomte de Caudecoste sous prétexte que « les rois de France ne prenaient pas leur repas sur une table de cette forme 5 ». Un vieux roi qui, par ailleurs, « tombait en dévotion autant qu’il tombait en enfance 6».

Le duc d’Angoulême

Un « bègue infortuné»(7), dont « les mots mal assortis les uns avec les autres formaient, sous sa langue, une sorte de bouillie politique impossible à cracher ni même à déglutir 7», doué d’un « air de stupidité qu’aucun peintre officiel ne parvenait à effacer tout à fait 8 ». Un « pauvre maniaque dont les clignements d’yeux et les tressautements d’épaules prêtaient à rire 9». Un « nabot 10», un « avorton de race 11», une « rincée de saillie 12» ! Nous nous souvenons qu’en mars 1815, il était lieutenant-général du royaume dans le midi et, ensuite, commandant en chef de l’armée des Pyrénées…

La duchesse de Berry

Une obsédée sexuelle, aux multiples « grossesses clandestines 13», qui « frôlait des pantalons collants 14», des pantalons « qui, à la grande confusion des soldats, ne se montraient pas insensibles… 15». Particulièrement active, elle manqua de se faire surprendre au Merlerault :

« Ils étaient dans l’étreinte, à cet instant précis où survient le grand frisson de la petite mort, lorsqu’on frappa à la porte pour les ramener à la médiocrité de la vie. L’officier plongea sous le lit, et la duchesse, les joues en feu et rabattant sa chemise… 16

Jules de Polignac, président du Conseil des ministres

Un « bouffeur d’hosties aux mains de femme 17», qui écrivait au roi pour lui confier qu’il avait eu « de nouvelles apparitions dans la nuit 18» et, pendant le Conseil des ministres, égrenait « discrètement le chapelet qu’il tenait à la main 19 ».

Le peuple

Un ramassis de « gueules béantes 20», de « grimaces édentées 21», de « trognes écarlates 22»… On se demande bien en quoi les Ordonnances pouvait le concerner puisque, probablement, analphabète, il n’avait pu les lire et que, avant ou après elles, il ne votait pas…

Quelques autres…

Thiers : « Il arrivait parfois que, les soirs de beuverie, Thiers, à bout d’arguments baissât son pantalon 23 ».
Chateaubriand pour lequel « s’admirer devant des ruines 24» était « au fond, ce qu’il savait faire de mieux 25» !
George Sand qui « cachait depuis quelque mois sa baisade avec le petit Jules Sandeau chez elle à Nohant 26».
Stendhal, auquel, le 27 juillet, l’idée lui est venue « d’aller rue d’Anjou pour y baiser sa maîtresse 27».

Une mention particulière doit être faite au marquis d’Esgrignon et à sa coterie dont l’apparition, à Nonancourt, permet à notre auteur de dire tout le mal qu’il pense des rescapés des guerres de la chouannerie et, particulièrement, de ces

familles dont le sang lavé par les croisades dans les eaux du Jourdain offrait un bleu si pur qu’il semblait dessiner à l’aigue-marine les veines pâlichonnes de ces derniers débris de la vieille race franque 28.

En fait, le marquis d’Esgrignon est un personnage de fiction imaginé par Balzac dans sa Comédie humaine
Se reporter à l’avertissement de l’éditeur p. 645 :

les faits rapportés dans ce récit sont rigoureusement exacts…

Quelques perles

Nous ne savions pas que :

Charles IX en pleine Saint-Barthélémy avait tenu le Louvre et tiré les huguenots depuis son balcon comme des grives 29.

Nous ne savions pas non plus que la route qui va d’Argentan à Falaise était une « route de Bretagne 30 ».

L’ultime chapitre de cet ouvrage nous conte la fuite de Louis-Philippe dix-huit ans plus tard. Imaginer le « roi des Français » se plaindre : « Vire que Charles X ! Pire ! Cent fois pire !» ne nous console en rien…
En revanche, l’attribution du Grand prix du roman de l’Académie française à cet ouvrage insipide et ennuyeux nous conduit à gémir : « Pauvre Académie française ! Pauvre France ! ».

 

Références   [ + ]

1. Camille Pascal, L’Eté des quatre rois, Plon, 2018.
2. Camille Pascal, op. cit., p. 171.
3. Camille Pascal, op. cit., p. 36.
4. Camille Pascal, op. cit., p. 21.
5. Camille Pascal, op. cit., p. 533.
6. Camille Pascal, op. cit., p. 228.
7, 8. Camille Pascal, op. cit., p. 22.
9. Camille Pascal, op. cit., pp. 562-563.
10, 11, 12. Camille Pascal, op. cit., p. 313.
13. Camille Pascal, op. cit., p. 612.
14, 15. Camile Pascal, op. cit., p. 463.
16. Camille Pascal, op. cit., p. 553.
17. Camille Pascal, op. cit., p. 99.
18. Camille Pascal, op. cit. , p. 154.
19. Camille Pascal, op. cit., p. 247.
20, 21, 22. Camille Pascal, op. cit., p. 193.
23. Camille Pascal, op. cit., p. 53.
24, 25. Camille Pascal, op. cit., p. 415.
26. Camille Pascal, op. cit., p. 57.
27. Camille Pascal, op. cit., p. 122.
28. Camille Pascal, op. cit., pp. 522-523.
29. Camille Pascal, op. cit., p. 221.
30. Camille Pascal, op. cit., p. 576.