La religion républicaine contre le christianisme

Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée nationale (2002-2007)

Prière de jean-Louis Debré à Marianne, figure (déesse?) de la République

Dans une vidéo militante, Jean-Louis Debré tente de convertir les internautes à la religion républicaine en singeant la prière chrétienne de l’ « Ave Maria 1»  (le Je vous salue Marie …) :

La République c’est le respect d’un certain nombre de principes :
– le principe de la liberté
– le principe de l’égalité
– le principe de la laïcité, […] le vivre-ensemble

Prière pour honorer la République comme les Chrétiens ont une prière pour honorer leur Dieu :
Salut ! Marianne pleine de force.
Le peuple est avec toi.
Le fruit de tes entrailles — la République — est béni.
Sainte Marianne, Mère du droit, aie pitié de nous.
Sainte Marianne, Vierge de la liberté, délivre-nous des rois et des papes.
Sainte Marianne, Vierge de l’égalité, délivre-nous des aristos.
Sainte Marianne, Vierge de la Fraternité, délivre-nous des soldats.
Sainte Marianne, Vierge de la justice, délivre-nous des juges.
Ainsi soit-il.

 

Le contenu de la prière de Jean-Louis Debré

Contrairement à l’original (l’Ave Maria) qui est une prière de louange à la très humble Vierge Marie, la prière de Jean-Louis Debré célèbre l’orgueil de l’homme révolté qui veut s’affranchir de toute loi qu’il ne s’est donnée à lui-même.

  • Aussi les rois et les papes – qui sont les lieu-tenants de Dieu, et dont la légitimité consiste à se soumettre et à rappeler la loi de notre nature voulue par Dieu – font-ils figures de grands méchants, ennemis de la laïcité.
  • De même, sont présentés comme épouvantails « les aristos », autrement-dit étymologiquement « les meilleurs 2 », ceux dont la vocation est de servir et de donner l’exemple par leurs belles actions, autant de choses insupportables pour un esprit épris d’égalité.
  • Que dire des « soldats » qui acceptent de risquer leur vie pour défendre leurs frères, leur pays. Leur sacrifice rappelle de façon trop intolérable son individualisme égoïste et jouisseur au bon démocrate.
  • Et les « juges », ces représentants de l’autorité politique pour préserver la paix sociale harmonieuse, le bien commun, l’État de droit, en punissant les malfaisants et en les mettant hors d’état de nuire les meurtriers, les violents, les violeurs, les voleurs… Pourquoi seraient-ils à blâmer ?

Qui est Jean-Louis Debré ?

Jean-Louis Debré est un homme politique de droite. Longtemps membre du RPR (Rassemblement Pour la République) de Jacques Chirac, il a été :
– Ministre de l’Intérieur dans les gouvernements d’Alain Juppé de 1995 à 1997.
– Président de l’Assemblée nationale de 2002 à 2007.
– Président du Conseil constitutionnel de 2007 à 2016.
– Président du Conseil supérieur des archives (de la République) depuis cette date.

Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale (2012-2017)

La « religion suprême… c’est la religion de la République »

Le dimanche 18 janvier 2015, il déclare au Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro :

Regardez le temps il a fallu pour faire accepter à la religion catholique le fait qu’il y a une religion suprême pour chacun d’entre nous, c’est la religion de la République.

Brève analyse

Pour Claude Bartolone, l’objectif est donc bien de soumettre les religions à une religion supérieure, celle de la République.

C’est la raison pour laquelle le christianisme traditionnel — qui refuse d’adorer l’homme comme dieu et reconnaît dans le pape et le roi les lieu-tenants de Dieu –, ce christianisme authentique et non républicain se voit combattu avec tant d’acharnement.

Qui est Claude Bartolone ?

Claude Bartolone est un homme politique de gauche, membre du parti socialiste. Il a été Ministre délégué à la Ville dans le gouvernement de Lionel Jospin de 1997 à 2002.

« La religion républicaine est … la religion de l’homme qui doit se fait Dieu »

La foi républicaine de J-L Debré et Claude Bartolone n’est pas marginale.
De droite ou de gauche, les républicains partagent en définitive cette même foi dont Vincent Peillon, ministre socialiste de l’Éducation nationale, explicite le contenu :

La religion républicaine est une religion des droits de l’homme, c’est-à-dire de l’Homme qui doit se faire Dieu, ensemble avec les autres, ici-bas, et non pas du Dieu qui se fait homme à travers un seul d’entre nous […] il faut donc […] déraciner l’empreinte catholique, qui ne s’accommode pas de la République 3.

Comment, en effet, un catholique pourrait-il admettre cet article III de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 :

Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément 4.

Le républicain refuse la souveraineté de Dieu, de l’Auteur de la nature humaine et proclame l’autonomie de l’homme à l’égard de la loi naturelle. Le très médiatique philosophe Marcel Gauchet déclare lucidement dans le numéro 1 de La revue de l’inspection générale :

La république c’est le régime de la liberté humaine contre l’hétéronomie religieuse. Telle est sa définition véritablement philosophique 5.

Aussi ne faut-il pas s’étonner que tous les régimes terroristes et persécuteurs du XXe siècle soient des républiques, de l’URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques) au 3e Reich hitlérien :

Le Reich doit être une république, ayant à sa tête un chef élu et doté d’une autorité absolue. (Adolf Hitler 6 )

Le fantasme républicain chez les catholiques

Les textes précédents montrent, de la bouche même des ennemis de l’Église, que le régime politique n’est pas indifférent du point de vue religieux, bien au contraire la forme du régime politique permet la réalisation d’une fin religieuse.

Dans ces conditions, il est difficile de comprendre l’acharnement de nombreux catholiques à essayer d’imaginer une bonne république : celle-ci a-t-elle jamais existé ? Ne relève-t-elle pas de l’utopie pure et simple ? On comprend aussi que le Ralliement de l’Église à la République — décrété par le pape Léon XIII en 1892 — signifie dans les faits l’acceptation scandaleuse d’une religion supérieure à celle de Jésus-Christ.

Aussi ne faut-il pas s’étonner que de tels égarement politiques de la part des plus hautes autorités religieuses conduise au relativisme doctrinal et au droit-de-l-hommisme d’un Concile Vatican II, à la clôture duquel, le pape Paul VI se félicite que :

La religion du Dieu qui s’est fait homme s’est rencontrée avec la religion (car c’en est une) de l’homme qui se fait Dieu.

Or on connaît les fruits du Ralliement et du Concile récemment énoncés par le sociologue Guillaume Cuchet dans son ouvrage Comment notre monde a cessé d’être chrétien ? :

  • égarement des prêtres et religieux dans les idéologies libérales, nationaliste et socialistes,
  • baisse catastrophique des vocations,
  • acceptation de l’idée d’une foi reléguée au fin fond de la conscience,
  • une foi qui ne peut que s’expérimenter mais en aucun cas être le fruit d’une démarche rationnelle,
  • avec en corollaire un clergé déserte sa mission de proclamer le message évangélique et abandonne le peuple de Dieu aux loups.

De là le recul inédit du nombre de croyants (et ne parlons pas des pratiquants), le retour du paganisme, l’abdication et complaisance envers un islam conquérant.

Quand les catholiques prendront-ils enfin conscience de la nature anti-chrétienne du régime républicain alors que les philosophes promoteurs de ce régime ne cessent de le crier ?

Références   [ + ]

1. La prière chrétienne — singée par Jean-Louis Debré — est la prière de l’Ange du Seigneur (Gabriel) annonçant à la très humble Vierge-Marie que le Dieu unique l’a choisie pour être la mère de Jésus, Dieu fait-homme, incarné par pur amour pour témoigner et racheter tous les hommes par son sacrifice :
Je vous salue Marie, pleine (comblée) de grâces,
Le Seigneur est avec vous,
Vous êtes bénie entre toutes les femmes
Et Jésus le fruit de vos entrailles est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
Priez pour nous, pauvres pécheurs,
Maintenant et à l’heure de notre mort.
Ainsi soit-il.
2. L’aristocratie ne doit surtout pas être confondue avec les descendants de nobles, car à quelques exceptions près, ceux-ci ont cessé depuis longtemps d’œuvrer et de se sacrifier pour le bien commun.
3. Vincent Peillon, Une religion pour la République, la foi laïque de Ferdinand Buisson, Éditions du Seuil, Janvier 2010, p. 34-36.
4. Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, Art. III.
5. Marcel GAUCHET, art. La république aujourd’hui in La revue de l’inspection générale, no1, Janvier 2004.
6. Libres propos sur la guerre et la paix, Le temps présent, FLAMMARION,
1952, Tome 2, p. 30.