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François Avril, « Un bréviaire dominicain à destination royale », Art de l’enluminure n° 60, mars/ mai 2017

François Avril, conservateur en chef honoraire au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale, présente ici une récente acquisition classée au Trésor national : un fascinant bréviaire richement illustré dont  l’identification résulte d’un minutieux examen technique et iconographique. Le manuscrit comprend un psautier férial, un temporal, un sanctoral et un commun des saints selon la liturgie dominicaine. La première fête indiquée, celle de saint Alexis (17 juillet), introduite en 1306/1307, et l’absence de la fête de saint Thomas d’Aquin canonisé en 1323 permettent de dater le manuscrit dans cette fourchette.

La présence de plusieurs offices consacrés à saint Louis est significative : office de la Translation du chef de saint Louis fêtée le 17 mai et introduite par Philippe le Bel en 1306, office de la Saint-Louis célébrée le 25 août, office de la Sainte Couronne d’épines, célébré dans l’ordre dominicain le 4 mai, et le même office, beaucoup plus développé, célébré le 11 août à la Sainte-Chapelle. Le cycle d’images qui les accompagne nous offre les représentations les plus anciennes et les plus délicates du saint roi : Louis IX en habit royal fleurdelisé tenant le sceptre et la main de justice, saint Louis nourrissant le moine bernardin lépreux, saint Louis ramassant les restes des morts de Sidon, saint Louis prisonnier des Sarrasins, ainsi qu’un tableau des reliquaires de la Sainte-Chapelle avec la représentation jamais connue à ce jour de « la chaîne faite en manière d’anneau à laquelle notre Seigneur fut lié » selon l’inventaire de Baudouin de Constantinople. La présence, dans des initiales ornées, des armes de France (semis de fleurs de lys sur fond d’azur) et de      Navarre (chaînes d’or disposées en croix, en sautoir et en orle sur fond de gueules), permet à François Avril de proposer comme commanditaire : Louis X le Hutin. Le style gracieux des vignettes, quant à lui, signerait le      savoir-faire de Jean Papeleu, élève de Maître Honoré. Marie-Paule Renaud

 

Abbé Michel Viot, Il y a quelque chose de pourri au royaume de France, Versailles, Via Romana, 2017

L’éditeur a choisi d’orner la couverture de l’ouvrage de trois fleurs de lys aux couleurs de la république, ce qui nous laisse songeur. La dédicace pourra surprendre également : « À la mémoire d’Henry Gérard Viot, mon père, instituteur, socialiste et franc-maçon de la Grande Loge, filleul de Léon Blum à la Société des gens de lettres, pour tout ce qu’il m’a appris. »

 L’abbé Viot a été pasteur luthérien au temple des Billettes à Paris après un passage, en 1962, à la faculté de théologie protestante. Socialiste jusqu’en 1968, nous confie-t-il, membre de la Grande Loge, membre du Siècle, il se convertit au catholicisme en 2001, à l’occasion de la visite du pape Jean-Paul II en France et devint prêtre au diocèse de Blois. Aujourd’hui aumônier national des Anciens Combattants, il est aussi aumônier de l’Association universelle des amis de Jeanne d’Arc à Paris. Il a prononcé l’homélie de la messe de ce 21 janvier à Saint-Denis (dont le texte a été publié dans Les Nouvelles de l’Institut n° 9 de l’IMB).

Ses considérations sur la décomposition politique, dans la perspective des élections présidentielles 2017, avancent un certain nombre d’arguments qui nous sont familiers : déclin du catholicisme, dérive de l’œcuménisme en faveur de l’islam, appauvrissement des rites funéraires et de la notion de sacré (manifestations scandaleuses à Verdun le 11 novembre 2016). Toutefois, le sujet essentiel, présenté d’une manière un peu décousue, a trait à l’histoire politique de la France depuis la Révolution, plus particulièrement la IIIe République avec la loi de Séparation. L’abbé Viot ne remet pas celle-ci en question mais suggère des accommodements en s’inspirant de Blum. Ce dernier aurait proposé « un socialisme transcendant, en quête de valeurs universelles, voulant agir avec le catholicisme dans la société ». Selon l’auteur, Blum aurait été « demandeur des lumières du christianisme pour assurer le bien commun », agissant en véritable « humaniste spiritualiste ». Nous aurions aimé que l’abbé Viot nous en donne des exemples. Contre la décomposition actuelle (qui trahirait les idéaux de De Gaulle), l’abbé Viot, tout en rappelant les bienfaits de la monarchie héréditaire, semble rêver d’un nouveau 18-Brumaire. C’est peut-être la raison pour laquelle la préface est signée Jean Tulard.

 M.-P. Renaud


 

Du côté des réimpressions

 

* [Adrien Peladan], Vie nouvelle de Henri de France, reprint de l’édition du XIXe siècle, Nîmes, Lacour-Ollé

Cet ouvrage non signé et non daté présente la biographie du comte de Chambord jusqu’à sa Déclaration du 22 janvier 1872 « Je n’abdiquerai jamais… ». Cet éloge fait pendant à cet autre ouvrage que Lacour-Ollé publie également :

 

* Marcellin Pellet, Les Actes des apôtres (1789-1791) : un journal royaliste en 1789, reprint de l’édition de Paris, 1873

L’auteur, républicain, essaye de montrer la « violence et l’immoralité de la presse royaliste » au début de la Révolution. Ont été ainsi dépouillés 317 numéros rédigés par Peltier, Rivarol, Champcenetz, Mirabeau cadet, Suleau, Bergasse, Montlosier et Lauraguais. Laissant de côté les articles de fond qu’il trouve « ennuyeux », Pellet reproduit un grand nombre de leurs épigrammes, plutôt spirituels, où l’on cherche en vain la grossièreté qui l’afflige. Par contre, ne trouvant rien à dire contre la personne de Louis XVI, il ajoute un chapitre de son cru sur la reine en s’appuyant sur les libelles injurieux qui ont circulé dès 1785.

 

* René Bittard des Portes, Histoire de l’armée de Condé pendant la Révolution française 1791-1801, parue chez Dentu en 1896,

Éditions Perrin, nouvelle préface d’Hervé de Rocquigny

De la formation des premiers corps à Coblence en 1791 jusqu’à la démobilisation de l’armée royaliste en 1800, nous suivons toutes les campagnes de ces dix années sous le commandement du prince de Condé (Perrin ayant recomposé le texte original, il aurait été utile d’y ajouter un index des noms propres).

 

M.-P. Renaud