Les racines du fascisme, par Frédéric Le Moal

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Frédéric le Moal, docteur en histoire et professeur au lycée militaire de Saint-Cyr répond aux questions de TVLiberté sur son livre Les racines du fascisme qui vient juste de paraître :

Le résumé ci-dessous a été réalisé exclusivement à partir du discours de Frédéric Le Moal, avec ses expressions, mais ses propos ont été rassemblés par thèmes de façon à en présenter une synthèse écrite cohérente.

Note de uclf.org : en aucun cas l’UCLF ne cautionne TVLiberté dont des animateurs comme Jean-Yves Le Gallou manifestent des positions très hostiles au christianisme.

Qu’est-ce que le fascisme ?

Le fascisme est un mouvement révolutionnaire socialisant, animé par l’ambition totalitaire de créer un homme nouveau. Il naît de crises successives : la crise de la modernité de la fin du XIXe siècle, puis la crise de la Première guerre mondiale confortée enfin par la crise capitaliste de 1929.

Le fascisme est un mouvement révolutionnaire

Le fascisme est un mouvement issu de la gauche car :

  • initialement socialiste : Mussolini a été le responsable du journal du Parti socialiste italien.
  • lui-même ne s’identifie  jamais comme conservateur et encore moins réactionnaire.
  • il révèle des racines rousseauistes dans cette idée de volonté générale qui s’impose aux individus et dans le culte d’une patrie à laquelle on doit s’effacer et tout céder. Pareillement le fascisme reprend de Rousseau l’importance des fêtes, l’idée d’un individu qui ne compte pas face à l’État.
  • il se rattache à la Révolution française et aux Lumières par sa volonté de «révolution anthropologique». Il y a cette volonté de couper l’être humain de ses racines pour créer un homme nouveau, tant spirituellement que physiquement, le creuset de formation de cet homme nouveau étant la guerre.
  • il reprend à la gauche son hostilité radicale envers une bourgeoisie forcément cosmopolite et donc non patriote.
  • il manifeste un fort aspect antichrétien : l’Église catholique est accusée d’avoir toujours trahi l’Italie en s’étant opposée à l’unité italienne au XIXe siècle, ainsi qu’aux entrées en guerre de 1914 et 1939 (Il y a d’autres raisons plus fondamentales exposées plus loin.)

L’originalité du fascisme

Le fascisme se présente comme une tentative de troisième voie entre la droite et la gauche, entre un [i]capitalisme libéral[/i] qui entraîne la misère (surtout après la crise de 1929) et un marxisme qui réduit l’homme à un objet purement économique.
S’il le fascisme garde l’idée de propriété privée, il abroge la lutte des classes grâce au système du corporatisme d’État et avec une économie sous la tutelle de l’État. (Note : son système corporatif est différent du corporatisme traditionnel non étatique)

L’hostilité de l’État fasciste envers l’Église

Les Accords du Latran entre l’État italien et l’Église catholique sont des accords politiques et conjoncturels, ils concernent principalement le statut des États pontificaux. Il y a non seulement une opposition doctrinale très forte entre les deux parties mais aussi un conflit au sujet contrôle de la jeunesse :

  •  L’Église se présente comme une aide aux parents pour l’éducation de leurs enfants, car c’est aux seuls parents qu’incombe directement cette tâche.
  • L’État fasciste revendique quant-à lui l’exclusivité de l’éducation.
    Enfin en 1938 l’Église s’oppose à l’État fasciste lors de la promulgation de lois antisémites qui violent le Concordat.

Le franquisme n’est pas un fascisme mais un national-conservatisme

On ne trouve pas dans le franquisme d’aspects révolutionnaires comme la volonté fasciste de créer une nouvelle humanité. Contrairement au fascisme, c’est un régime conservateur dans lequel l’Église a toute sa place et qui ambitionne de retrouver l’Espagne du siècle d’or.
Par ailleurs, il n’y a pas dans le franquisme cette exaltation idéologique de la guerre propre au fascisme.

 

À cause de la répulsion qu’il suscite toujours, un retour du fascisme n’est plus à craindre. En revanche le danger d’un régime totalitaire, défini par la volonté de générer une nouvelle humanité, est quant-à lui toujours bien présent.